Posté le 08.11.2007 par sinuzoid
Pour construire un personnage, il existe de nombreuses méthodes. Voyez comment Kundera fait naître son Tomas dans L'Insoutenable... L'écrivain tchèque voit les personnages comme des possiblités existentielles incarnées (toujours la froideur théorique du grand Est...)
Vous pouvez aussi, à la manière d'un Houellebecq, construire vos personnages comme l'expression de grandes variations sociologiques et culturelles (Méthode particulièrement efficace dans les Particules Elementaires). Ce qui revient toujours à "concurencer l'état civil", selon le voeu de Balzac, c'est à dire ajouter des informations autres que la taille, la date et le lieu de naissance, et qu'à la mention "signe particulier", l'auteur jamais n'appose "NÉANT".
Malgré son odeur de soufre, la physiognominie, vieille science du XIXème, qui établit des liens entre la forme du crâne, la morphologie du visage et le caractère de l'individu, s'avère très utile dans la construction de personnages de comédie, d'essence caricaturale. Sans parler de la psychanalyse, qui permet de construire l'histoire comme une révélation progressive des motivations inconscientes d'un personnage vu comme cas clinique, dans une atmosphère de film noir des années 50 (Laura et les autres).
Plus lacanienne, l'onomastique (science des noms) permet de guider les personnages dans l'antre des mots. Leur nom est leur destinée : Madame Bovary n'est-t-elle pas condamnée à la Normandie bovine, mammifère à l'oeil vide? Cette chère Emma n'est-t-elle pas avant tout celle qui "aima", magnifique passé simple, intransitif, et qui montre si bien la fatalité de ses amours? Emma qui appelle aussi "émoi","aime-moi'...
Tout est bon à prendre : la caractérologie, les peintres de la Renaissance, les magazines people, les noms de rue, les couleurs primaires, les attributs vestimentaires, les portraits chinois, le questionnaire de Marcel Proust. Il vient un moment où ce n'est plus vous qui créez le personnage, mais le personnage qui, en quelque sorte, vous habite.
Et pour commencer :
http://flashface.ctapt.de/
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Posté le 08.11.2007 par sinuzoid
"Écrire, c'est passer à côté de la vie." Louis Calaferte
Nul doute que je peine à rendre compte ici ou là de mes états d'âme, à créer des personnages de chair et de sang, que je ne résiste jamais aux sirènes de la vraie vie, brute, magnifique de cohérence et de logique, le seul spectacle finalement qui vale la peine d'être vu, lu, interprété, senti, écouté.
Seulement voilà : il faut écrire. Il faut faire ce pas de côté et transformer l'essence des choses en mots, j'ignore les raisons de cette nécessité, mais c'est ainsi.
Posté le 07.11.2007 par sinuzoid
Tout d'abord, laissez votre esprit vagabonder. Abandonnez-vous à toutes les pensées, stupides et subtiles. Entretenez avec vous même un rapport narcissique masochiste, étudiez-vous dans chaque situation, regardez-vous faire et parler.
Buvez intelligemment, deux litres de bière par jour minumum, et mangez très gras et très sucré. Pour éiminer ces calories, pratiquez le sexe aussi souvent que possible. En cas d'impossibilité, masturbez-vous.
Ne soyez pas angoissé par la page blanche. Pensez à une mort prochaine, et à ce découvert de 460 euros qui ne vous laissent pas vraiment le choix.
Ne vous souciez pas trop, du moins au début, des règles de construction. Essayez de prendre des notes. J'ai constaté pour ma part que les transports en commun (train, bus, métro) donnaient souvent lieu à de fameuses idées. Par conséquent, déplacez vous en transport en commun, muni d'un calepin et d'un crayon, mais aussi d'un ticket validé car la resquille créé une anxiété néfaste pour l'inspiration.
Lisez le journal le matin, dans un café un peu glauque, sinon populaire, où s'abreuvent les cas sociaux du quartier. Cela accentuera l'urgence de votre situation.
Ne fréquentez les gens qu'individuellement. Essayez de vous sortir, par tous les moyens, de toute forme de société : entreprise, équipe, bande. Mais entretenez scrupuleusement toutes vos amitiés, car les amis s'avèrent utiles pour lire vos manuscrits et vous dire : ouais, c'est pas mal, mais pourquoi tu parles toujours de la même chose?
Sur l'amour, il est préférable d'être célibataire. Par sa promesse de bonheur, son authenticité et son intuition très développée des enjeux de l'existence, la femme constitue le plus grand ennemi de l'écrivain, qui ne s'intéresse qu'aux malheurs et aux guerres, aux dilemmes moraux et à la toxicité des rapports humains. Ne vous interdisez pas, toutefois, durant la préparation d'un roman, de tomber amoureux, et de souffrir du désamour. Le désamour est le plus beau moteur, il ne fait aucun doute sur cette question.
Vous voici en robe de chambre, une cigarette au bec, dégageant une haleine d'alcool et devant la page word que vous venez d'ouvrir. Vous hésitez sur la première phrase. C'est tout à fait normal.
Pensez au chiffre 3. Pourquoi le chiffre 3? Parce qu'il est sacré. Parce qu'il donne le rythme, parce que le cerbère a trois têtes et qu'un roman n'est qu'une description de l'enfer sur terre, parce qu'on frappe trois coups au sol au théâtre, parce que la dialectique se fait en trois étapes, parce qu'une symphonie est en trois temps. Parce que la Trinité, et parce que : "C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar." A titre d'exemple.
Les phrases coulent, à présent. Commencez par des choses triviales, simples, imaginez le verbiage d'un séducteur, la logorrhée d'un ivrogne, les bavardages d'une concierge : c'est sur ce ton là qu'il faut écrire. Les magnificiences de l'âme, gardez-les pour la fin.
Donnez à sentir, et créez une attente. N'oubliez pas que les mots ne vous suffiront jamais. Et qu'un roman n'est que la démonstration désespérée de l'inutilité des mots (cf. Description de l'enfer).
Bonne chance.
Posté le 03.11.2007 par sinuzoid
L'holorime, c'est le vers parfait, la rime intégrale et multimilliardaire, l'écho du sens tapi entre les lignes :
Par les bois du Djinn où s'entasse de l'effroi,
Parle, et bois du Gin, ou cent tasses de lait froid.
Celui-ci est de Charles Cros (poète inventeur génialissime de la fin du XIXème siècle, qui, dit-on, accueillit Rimbaud en gare de l'Est, lors de son premier voyage à Paris).
Et ma blême araignée, ogre illogique et las,
Aimable, aime à régner, au gris logis qu'elle a.
On doit celui-ci au vieux Totor, qui excellait dans ces jeux de langage.
L'holorime est proche de la charade, et du rébus. Il s'adresse à l'imaginaire et puise sa source dans l'inconscient, qu'on dit si bien depuis Lacan "structuré comme un langage".
L'auteur de ce blog a commencé par l'holorime pour exprimer ses états d'âme :
Assez! L'amant songe
A ses las mensonges.
L'holirime révèle, à la façon d'une contrepèterie, un sous texte, un autre sens, dans la lignée du premier, , qui le répète en le pervertissant, le continue et le contourne. C'est l'expression de l'autre monde, de l'Autre tout court :
Gall, amant de la Reine, alla, tour manianime,
Gallamment de l'Arène à la tour Magne, à Nîmes.
Un verre offert à qui me trouve l'auteur de ces deux vers, aux fers!
Et enfin, le point de vue de l'auteur sur cette pratique salutaire et inutile, digne d'un colloque de 'Pataphysique :
Ses lolos rient, mais ça m'agite, ai-je mot dit?
C'est l'holorime et sa magie, tes jeux maudits.
Posté le 27.07.2007 par sinuzoid
En sortant du cinéma, - la nuit de clichy libère ses damnés, je vois samuel le bihan sortir de la salle accompagné d'une jolie petite noire vêtue d'une mini jupe en jean très, très courte.
Le gérant du cyber café "chez walid" prend un cracker en manque dans ses bras.
Samuel le bihan a grossi (ou alors ce n'était pas lui) (ou alors, il boit un peu trop ces temps-ci) il est toujours aussi baraqué mais avec un gros ventre et les traits moins emaciés.
Le film s'appelle half nelson. Il raconte l'histoire d'un professeur d'histoire blanc qui enseigne à Brooklin, M. Dunne. C'est une petite leçon de scénario que nous donne ce film, malgré un gros coup du sort pour boucler l'intrigue. Mais ça n'a pas d'importance.
Nous avons là un personnage, Dan, qui fume du crack, renifle de la cocaïne, boit du whisky et cherche à terminer un livre pour enfant. il adore ses élèves, ça se voit, et il leur parle de la dialectique. il est assez beau gosse : on dirait un petit loup efflanqué. pour ne pas attirer les foudres de la proviseure de son lycée, il fait un petit numéro de charme. il lit che guevara en afrique et s'intéresse à malcolm x. mais il n'est pas communiste. il veut juste transformer le monde. ou changer la vie. ou bousculer l'ordre établi. ce genre de choses. mais il a du mal. il est mal. il sombre. tout doucement. sans pathos.
il s'intéresse de plus près au cas d'une des ses élèves, drey, 13 ans, noire, sa mère travaille au samu et son père, on ne sait pas, son frère est en prison et c'est le caïd du quartier qui l'a prise sous son aile.
on imagine que le gentil prof blanc va sauver la pauvre petite noire, l'arracher des griffes du méchant dealer. on aimerait vraiment que le gentil prof blanc y parvienne. mais après tout le méchant dealer n'est pas si méchant. il roule en quatre quatre, certes il intoxique une bonne partie de son quartier mais il est aussi très prévenant avec l'adolescente, il l'aide à retrouver son vélo.
le prof blanc est aussi l'entraîneur de l'équipe de basket féminin du collège. ils n'arrêtent pas de perdre. l'ex copine du prof blanc va se marier. il est beaucoup question du noir, du blanc, du yin, du yang, de l'affrontement perpétuel des forces antagonistes.
Plus belle scène du film : le prof blanc va voir le dealer noir et lui demande de laisser drey tranquille. ils ne se battent même pas. le dealer noir invite le prof blanc à boire un coup chez lui. devant chez lui il y a un petit chat noir et blanc. le prof blanc le prend dans ses bras. le dealer noir lui dit lache ce chat et le vire de devant chez lui à coups de chaussure.
la musique est signée broken social scene, c'est l'occasion de réécouter un album, "you forgot it in people", et la scène clé de ce très joli film, agrémentée de "schampoo suicide", vous occasionnera c'est sur, quelque flou lacrymal.
Posté le 29.04.2007 par sinuzoid
Il fait chaud c'est un fait. De ce côté-ci des lattitudes, on crève.
Paris transpire par tous les pores de sa peau de goudron. Bouches de métro, d'égoût, caniveaux, trottoirs lézardés où s'affairent les ouvriers de la DGE... Ca fume, ça suinte, ça exsude.
On s'en remet pas, du réchauffement climatique. Moi ça me convient assez, finalement.
Qu'on crève tous asphyxiés, après tout pourquoi pas?
Dans son Précis de décomposition, le bon Cioran se plaisait à imaginer une Terre débarrassée, une bonne fois pour toute, des êtres humains. Qu'on lui règle son compte, à cette humanité encombrante.
On a découvert à des milliers d'années lumière de nos bouches d'égoût l'existence d'une autre planète, en tous points semblables à la Terre, au niveau climatique, atmosphérique, etc. Où les humains pourront s'installer quand il commencera à pleuvoir du soufre ici bas.
J'espère qu'ils vont me garder une place.
Et si Dieu était un personnage de fiction?
Et si le paradis était une planète lointaine?
Voilà que me remets à croire.
Cioran doit se retourner dans sa tombe.
Posté le 23.04.2007 par sinuzoid
Soirée électorale, personne ou presque hier soir n'a échappé à la demi-finale... Un vent de compétition sportive souffle, dans les jardins et à travers les rues, sous le soleil de plomb d'un crépuscule dominical.
Les commentateurs parlent de "printemps de la démocratie"... 15% d'abstentionnistes, qu'on se le dise, le grand gagnant va se gausser.
Les résultats tombent, sans grande surprise.
J'enfourche, pour rentrer chez moi en compagnie de ma douce, mon petit scooter, direction Paris.
Voilà qu'on se perd dans le dédale des Hauts de Seine, pour se retrouver à Bezons, puis à La Garenne. Nous apercevons, après une heure d'errance, les tours massives de la Défense, éclatant leurs lueurs dans la nuit noire, puis nous traversons Neuilly, sous une fine pluie orageuse, ligne de fuite d'un Malévitch urbain.
Tout est cubique, parallèle, propret, aseptisé ; comme à Levallois, des caméras filment en continu le néant nocturne. Derrière nous, la Défense vaniteuse, et au loin l'Arc de Triomphe napoléonien.
L'impression fugitive que ce trajet en dit long sur les cinq années à suivre.
La majorité des citoyens est aujourd'hui convaincue que le petit empereur est préférable à la Marianne de pacotille. Les business men veulent une France forte et compétitive. Les froussards et les gagne-petits veulent des flics à tous les coins de rue. Les privilégiés veulent garder leurs privilèges. Les petites gens comptent sur un leader charismatique.
L'irrésistible ascension de M. Sarkozy a des relents de dictature, c'est indéniable. Il est aujourd'hui impossible d'imaginer ce qui va advenir à notre pays s'il est élu. Il n'est peut-être pas utile de l'imaginer si l'on ne veut pas sombrer dans la paranoïa.
Ces quelques mois furent une belle leçon de démocratie.
Posté le 17.04.2007 par sinuzoid
Métro Place de Clichy.
Fringale, fatalité du fast food. Difficile de se nourrir dans les grandes villes. Il faudrait écrire un livre là-dessus. Huysmans l'a très bien fait dans A Vau-l'eau, qui raconte les tribulations d'un commis aux écritures incapable de bien manger. Ca se passe au XIXème siècle, 130 ans plus tard rien n'a changé. Manger c'est une chose, bien manger en est une autre. Mais je m'égare.
Me voilà dans le fast-food de la place de clichy à une heure avancée, je m'attends déjà à faire la queue parmi les citadins branchés, les toxicos du cru et la marmaille affamée.
J'appréhende les néons aveuglants, l'odeur de steak carbonisé, les holoburgers qui vous foncent dessus et le beat binaire du R n' B.
Nenni. D'abord, le restaurant américain est vide, quasiment vide. Il n'y a que des noirs à l'intérieur. L'agent de sécurité est noir (comme tous les agents de sécurité, chacun sait que les noirs ne sont bons qu'à ça, de même que la cuisson des marrons ne concerne que les Pakistanais et les épiceries de nuit ne sont tenues que par des Arabes...). Les quelques clients attablés devant leurs patatoes ou leur sundae chocolat sont noirs. Le staff est noir. Et c'est Rokia Traoré qui résonne dans les enceintes.
Il règne ici un calme étrange, comparé au vacarme de la place. L'équipier s'occupe de moi avec une gentillesse qui n'a rien à voir avec l'obséquiosité nerveuse et intéressée de la plupart des robots Mac Do - ce n'est pas de leur faute, un manager schizoïde les surveille de près et compte les sous derrière eux, parfois même il les chronomètre pour évaluer leur efficacité - ce n'est pas de leur faute non plus, aux managers, ils travaillent dur pour 1200 euros nets, avec une prime au lance pierre tous les six mois, ils ont des comptes à rendre tout le temps, sur l'hygiène, les salariés, le chiffre d'affaires, la qualité de la viande et les pertes de la journée - finalement c'est de la faute à personne, ou alors à nous tous.
Mais on dirait qu'ici, il n'y a pas de manager nerveux. Juste un type un peu plus âgé qui n'arrête pas de chambrer ses collègues en bambara, ou en Ouoloff que sais-je, et qui retourne dans son bureau pour lire le journal des courses hippiques.
Jassana, c'est ce qui est écrit sur son badge agrafé de traviole, me sert avec un grand sourire et me demande si je préfère la sauce au curry ou barbecue, taille une bavette avec moi sans vagues, me souhaite une bonne soirée et s'empresse de servir la Japonaise égarée qui vient d'entrer.
L'agent de sécurité mange un cheese avec un client. Ils ont l'air de tous se connaître et de tous s'apprécier. Des éboueurs fatigués sirotent un Sprite. D'autres types ont l'air d'avoir débarqué dans la nuit, pieds nus, cheveux poussiéreux, muscles hypertendus et yeux vitreux. Le big mac leur fera du bien. Sur que la came périmée d'une minute, ici, ne finit pas à la poubelle. Je connais des étudiants fauchés qui se nourissaient des pertes du Quick, une fois par semaine, le Giant était encore mou il suffisait de le passer au micro ondes 2 minutes pour avoir la sensation de s'envoyer un vrai Giant à 5,85€, en faisant abstraction de la salade gluante baignant dans la sauce cocktail.
Je m'installe à une table et je savoure mon Mac Deluxe. Dérouté de me sentir en Afrique entre les quatre murs d'un Camod.
Posté le 16.04.2007 par sinuzoid
Nous sommes, blafards, terreux, hépathiques ou cyans, tous autant que nous sommes au beau milieu du monde, sous le soleil qui crame, à tour de rôle, nos hémisphères et la vie, sauf exception rare, ne laissera pas d'autre sol à fouler, condamnés à la gravité, aux piafs moqueurs et aux vacances sous terre.
La toile nous offre un substitut d'étoile, cieux qu'on zieute en commun d'un tropique à l'autre, malgré les satellites embouteillés et les déchets par tonnes, les pluies acides et le trou de la couche d'ozone, la déforestation, le sida, la peste le choléra les kamikazes la théorie du complot les jeunes qu'on assassine au front la peur des autres la fin du monde etc.
C'est pourquoi je vous offre, entre les coins de ma lucarne, un peu de fantaisie - musique, humour en sus pour le même prix. Bon vent.