Tout d'abord, laissez votre esprit vagabonder. Abandonnez-vous à toutes les pensées, stupides et subtiles. Entretenez avec vous même un rapport narcissique masochiste, étudiez-vous dans chaque situation, regardez-vous faire et parler.
Buvez intelligemment, deux litres de bière par jour minumum, et mangez très gras et très sucré. Pour éiminer ces calories, pratiquez le sexe aussi souvent que possible. En cas d'impossibilité, masturbez-vous.
Ne soyez pas angoissé par la page blanche. Pensez à une mort prochaine, et à ce découvert de 460 euros qui ne vous laissent pas vraiment le choix.
Ne vous souciez pas trop, du moins au début, des règles de construction. Essayez de prendre des notes. J'ai constaté pour ma part que les transports en commun (train, bus, métro) donnaient souvent lieu à de fameuses idées. Par conséquent, déplacez vous en transport en commun, muni d'un calepin et d'un crayon, mais aussi d'un ticket validé car la resquille créé une anxiété néfaste pour l'inspiration.
Lisez le journal le matin, dans un café un peu glauque, sinon populaire, où s'abreuvent les cas sociaux du quartier. Cela accentuera l'urgence de votre situation.
Ne fréquentez les gens qu'individuellement. Essayez de vous sortir, par tous les moyens, de toute forme de société : entreprise, équipe, bande. Mais entretenez scrupuleusement toutes vos amitiés, car les amis s'avèrent utiles pour lire vos manuscrits et vous dire : ouais, c'est pas mal, mais pourquoi tu parles toujours de la même chose?
Sur l'amour, il est préférable d'être célibataire. Par sa promesse de bonheur, son authenticité et son intuition très développée des enjeux de l'existence, la femme constitue le plus grand ennemi de l'écrivain, qui ne s'intéresse qu'aux malheurs et aux guerres, aux dilemmes moraux et à la toxicité des rapports humains. Ne vous interdisez pas, toutefois, durant la préparation d'un roman, de tomber amoureux, et de souffrir du désamour. Le désamour est le plus beau moteur, il ne fait aucun doute sur cette question.
Vous voici en robe de chambre, une cigarette au bec, dégageant une haleine d'alcool et devant la page word que vous venez d'ouvrir. Vous hésitez sur la première phrase. C'est tout à fait normal.
Pensez au chiffre 3. Pourquoi le chiffre 3? Parce qu'il est sacré. Parce qu'il donne le rythme, parce que le cerbère a trois têtes et qu'un roman n'est qu'une description de l'enfer sur terre, parce qu'on frappe trois coups au sol au théâtre, parce que la dialectique se fait en trois étapes, parce qu'une symphonie est en trois temps. Parce que la Trinité, et parce que : "C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar." A titre d'exemple.
Les phrases coulent, à présent. Commencez par des choses triviales, simples, imaginez le verbiage d'un séducteur, la logorrhée d'un ivrogne, les bavardages d'une concierge : c'est sur ce ton là qu'il faut écrire. Les magnificiences de l'âme, gardez-les pour la fin.
Donnez à sentir, et créez une attente. N'oubliez pas que les mots ne vous suffiront jamais. Et qu'un roman n'est que la démonstration désespérée de l'inutilité des mots (cf. Description de l'enfer).
Bonne chance.
Athakhna, qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Je me demande si le mec ne se fout pas de nos gueules...Franchement,il est complètement déglingué le mec !
Athakhna, qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Je me demande si le mec ne se fout pas de nos gueules...Franchement,il est complètement déglingué le mec !