Nous parlons beaucoup, ces temps-ci, j'entends par là depuis le mois de mai, de la Révolution. D'aucuns l'appellent Changement, Rupture, Nouveauté, mais peu importe, c'est toujours le même désir qui est aux commandes, l'envie de tout foutre en l'air.
Je n'ai pas très envie de parler du Président en ces pages, je l'ai déjà évoqué plus bas, et je suis persuadé que d'autres s'aventurent bien mieux que moi sur ce terrain.
Je veux parler de nos pères, de ceux-là même qui voulaient, à 20 ans, faire la révolution, vers mai 68, et qui sont aujourd'hui bien placés dans de grandes entreprises du secteur tertiaire, du moins ceux qui criaient bien fort derrière les barricades. C'est bien normal : toute idée de Révolution porte en elle une volonté d'hégémonie (pour parler comme les historiens). Il suffit de se référer aux deux grands modèles - la Révolution française (avènement de la Bourgeoisie en Europe) - la Révolution Américaine (naissance du libéralisme outre Atlantique). Je ne dénigre pas les avancées de ces deux Révolutions, bien au contraire, observez que j'y appose la majuscule. Je constate seulement que la Révolution, parfois, s'arrête trop vite sur ses acquis, se repose trop vite sur ses lauriers, et ce pour des raisons qui sont le plus souvent générationnelles (qu'on ne me reproche pas de parler de la Révolution avec des mots d'historien). Je m'explique.
Sur le général, d'abord : les ambitieux prennent le visage des opprimés pour se débarrasser des oppresseurs, dans le seul but de jouir à leur tour des avantages - que dis-je, des privilèges réservés aux oppresseurs (qu'on peut appeler à l'envi puissants, propriétaires, seigneurs, et toute la vulgate marxiste va dans ce sens). Je pose ce principe en prémisse de syllogisme.
La mineure, c'est que les petits Parisiens du joli mois de mai se prenaient, eux aussi, pour des opprimés. Ils soutenaient les ouvriers en grève, ils étaient pour la libération des peuples colonisés, contre la guerre, contre les bonnes moeurs. Et répétaient les grandes phrases de Rimbaud "L'imagination au pouvoir" et tutti quanti. Et ils ont réussi! Leur révolution, mai 68, ils l'ont réussie, ils l'ont gagnée! De Gaulle est parti, Giscard a ouvert les vannes de l'image libre, et nous y voici, mai 68 réalisé, "L'imagination au Pouvoir", le XIXème aussi a eu ses Lumières, ses Illuminations.
Tant mieux. Les spectacles sont plus attrayants et plus diversifiés aujourd'hui. Et ils rapportent un maximun d'argent à nos pères, trotskystes, maoïstes, marxistes, léninistes, situationnistes (plus rares cela dit) - ils "occupent le terrain", ils ont combattu ferme pour avoir leur place au chaud. Et répété une fois de plus le grand Carnaval de la Révolution. Tout ça pour une place au chaud. Mais ont-ils donc oublié "Changer la vie", "Transformer le monde"? Ces pensées là disparaissent-elles du corps partir d'un certain âge?
Le pire, c'est qu'ils pensent qu'à présent, c'est fini, que l'idée de révolution est aujourd'hui dépassée, morte dans l'oeuf, et qu'à partir du moment où ils l'ont faite, nul n'a besoin de la faire. Mais ce n'est pas fini! Loin de là!
Un obstacle se dresse sur notre route. La suite au prochain épisode.