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Date de création : 16.04.2007
Dernière mise à jour : 26.03.2014
50 articles


« GROUPIE OR NOT GROUPIE »

Publié le 26/03/2014 à 14:49 par sinuzoid Tags : article roman image vie monde amour amis histoire mort mode dieu internet animal jeux fleur bande bébé rock
« GROUPIE OR NOT GROUPIE »

«Les groupies sont le futur du rock»

 

-  Dave Grohl (batteur de Nirvana) –

 

 

Le 28 juillet 1969, une jeune fan de Led Zeppelin rejoint le groupe dans sa chambre d'hôtel, le Edge Water Inn, à Seattle. Les différents membres du groupe s'affairent alors à pêcher depuis leur fenêtre donnant sur l'océan. Ils réussissent à attraper un bébé requin. La légende prétend que le petit animal fut utilisé pour violer la groupie.

L'histoire est racontée par Frank Zappa dans sa chanson «The Mudshark». Il est intéressant de remarquer que le même Zappa produira bientôt, au début des années 70, le premier «groupie group», les GTO's, composé de la fine fleur des groupies de l'époque – qui avaient déjà, avant lui, largement gagné leur statut de star par leur seule manière de vivre comme elles l'entendaient.

Pamela Des Barres, Penny Lane, Stella Starr (qui a donné son nom à un groupe de rock actuel), et autres... certaines groupies ont fasciné les groupes. Leurs noms ont été des sésames des années 60, puis ont traversé les décennies, en contrepoint de l'Histoire du rock. Aujourd'hui, elles ont leurs sites de fans. Une chose est certaine, toutes les groupies n'ont pas été victimes. Les jeux qui se jouent en coulisses sont plus subtils que ça.

Nancy Spungen a peut-être été tuée par Sid Vicious, des Sex Pistols. Mais c'est aussi peut-être elle qui l'a initié à l'héroïne qui devait causer sa mort. Les amis de Sid et les autres membres du groupe la détestaient parce qu'elle les tyrannisait par ses caprices et leur faisait peur... ce qui finalement, en concluait Sid, était punk, non?

Et même, peut-être, plus que de jouer dans un groupe monté de toutes pièces par un patron de boutique de mode...

De toute façon, ce qui compte c'est qu'une vraie histoire d'amour, ici, n'a existé que parce que Nancy, simple groupie américaine lassée de la scène New-Yorkaise, a un jour décidé de partir à Londres pour «se faire les Sex Pistols»...

Marianne Faithfull, avant de devenir une chanteuse reconnue, fut surprise lors d'une descente de police entre deux Rolling Stones, une barre de Mars intimement placée prête à la propulser dans la légende. A l'autre bout du spectre, «Angie», avant de devenir un slow célébrissime des mêmes Stones, fut la maîtresse de chacun des membres du groupe. Ainsi, entre muses et sirènes, Minotaures et Pygmalions, il sera souvent difficile de dire qui est la victime et qui est le bourreau.

En 2007, parce qu'elle avait été éconduite par un des membres du groupe TTC, la groupie Yelle composa un morceau vengeur, dans lequel elle se moquait de son amant d'un soir en n'hésitant pas à s'exprimer aussi crûment que lui dans ses CD. Le morceau fut diffusé sur Internet et aujourd'hui Yelle est aussi célèbre que TTC.

Le chanteur des Babyshambles, Pete Doherty, a vécu une histoire d'amour très médiatique avec une mannequin bien plus connue que lui. Il a été banni de Londres suite à la publication, en une du « Sun », d'une photographie où on le voyait préparer un fix d'héroïne à l'une de ses fans.

Il y a différentes catégories de groupies. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, elles ne sont pas là forcément pour coucher, mais elles cherchent des histoires romantiques, ou insolites... Les catégories se différencient en fonction des différents membres du groupe : ainsi, le batteur incarne une certaine animalité, il est souvent admiré pour ses capacités physiques, son endurance, sa force brute. Le bassiste, lui, correspond plutôt à l'idéal du grand frère protecteur, il est terrien, grave, tellurique et inspire la confiance. S'il y a un organiste ou un mec au clavier, il aura un côté fou fou, et il sera un peu le clown de la bande. Enfin, le sentiment général à l'égard du chanteur est vraiment du côté du divin, du sacré : le chanteur, c'est Dieu.

Il y a dans chaque chanteur une groupie qui s'ignore, la groupie d'un autre groupe, voire, narcissisme oblige, sa propre groupie...

Les groupies peuvent aussi être un objet de rejet, voire de crainte. Il suffit de remonter aux premières tournées des Beatles, annulées parce que les musiciens ne s'entendaient même plus jouer à cause des hurlements de leurs fans, pour comprendre qu'à l'instar du hooligan avec son club de foot, la groupie peut aussi desservir ses propres idoles.

La crainte est justifiée, mais paradoxale. Fans et groupies donnent le succès, rendent éternels, font accéder au statut sacré de star du rock. Ils sont indispensables, mais avides. Petit à petit, privé de son humanité au seul profit de son image, le musicien risque d'être «transformé en personnage de cartoon» (selon les mots de Pete Doherty), auquel on renie toute humanité, sentiments... Vampirisé !

 
Ainsi Kurt Cobain, tellement auréolé de sainteté à la fin de sa vie par les délires de ses fans que, lors de sa dernière tournée, plus personne ne lui adressait la parole; un respect exagéré qui lui donnait l'impression d'être banni de ce monde...

Qu'il ne devait pas tarder à quitter volontairement.

En 1993, une vague de suicides d'adolescents devait se propager sur l'Amérique et l'Europe suite à sa mort.

 

LE MEILLEUR BURGER DE PARIS

Publié le 02/12/2013 à 16:08 par sinuzoid Tags : bande air éléments coeur chez société chien monde bonne humour art artiste nuit vie france
LE MEILLEUR BURGER DE PARIS

Symbole de la gastronomie américaine, le hamburger (ou burger, ou cheeseburger, ou encore tout simplement cheese, - prononcez : tchiiz) envahit les tables parisiennes, des palaces aux food trucks, des brasseries aux bons vieux BIA en passant par les échoppes des marchés bio et les adresses hipster. Manuel Kim Goldstein a passé plus de deux ans à goûter les différents burgers de la capitale, et même au-delà. Voici son top 5 :

1°) LE CRAZY BUN,  rue de la fuckonnerie, Paris 12ème.

Dans une cave insalubre, Lolo et sa bande confectionnent un burger transgenre à base de clitoris de vache haché ! "Une denrée très rare, que les Romains consommaient frénétiquement mais qui a complètement disparu aujourd'hui", regrette Lolo tout en finissant de préparer son ketchup maison à base de sang de porc et de sirop d'airelles. Ici tout est maison, ou plutôt cave, puisque les cuisines donnent directement sur la poubelle du vide-ordures. Esprit écolo ! En fouillant dans les poubelles, on trouve de tout ! Découvrez le Trash Burger, avec son pain à la peau de banane et sa sauce au jus de fayot. Le staff de transsexuels brésiliens apporte une grande gaieté à l'endroit, on mange sur le pouce derrière une bagnole, le fist fucking est compris dans le service. "Les jours d'Aïd, précise Lolo, je récupère le sang des moutons que je fais bouillir avec de la gélatine et du vinaigre blanc. Ça donne une viande légèrement sucrée et très riche en oligo-éléments qui me rappelle ma première sodomie." A goûter également au Crazy Bun : le "Meat Balls" à base de rognons blancs (couilles d'agneau), sans oublier le LGBT, pour Lick Garbage Bastard Tongue à base de croûtes d'eczema et pus, en provenance directe de l'hôpital Trousseau voisin.

 

2°) Le Bon Gros Géant, impasse de la Toile d'Araignée

Qui a dit que les sorcières ne mangeaient pas de burgers? Personne ! Dans ce lieu merveilleux où se cotoient créatures féériques et démons maléfiques, dans une ambiance mi messe noire, mi enchanteresse. Découvrez le Burger Witch avec son pain soyeux en toiles d'araignées et sa crème d'yeux, le burger Géant (concurent du Giant de Quick) avec son steak de 100 kilos que les Géants du coin dégustent sur le parking. Coup de coeur également, le Momie Burger, délicatement emballé dans des bandelettes, est confectionné à partir de cadavres de toute provenances, certains datant même de plusieurs années. Insolite:  quand on passe commande, le burger vient directement à vous, grâce à nombreux asticots dans la viande, qui le mettent en mouvement. "J'adore le Bon Gros Géant, c'est mon spot préféré à Paris, confiait dernièrement Tim Burton dans Fat Mag, Marylin Manson y va régulièrement avec sa compagne, et c'est ici que NKM a installé sa cantine ! Que du bonheur !

 

3°) Le Chinese Burger, rue du ver à soie, M° Olympiades

Il n'y a pas que les nouilles sautées au pays du Soleil Levant ! Chez M. Li, qu'on a déjà vu dans le jeu de société les Mystères de Pékin, le burger est un sacerdoce. Burger au chien, burger à la viande de chèvre, burger façon "nid d'hirondelle", toute la gastronomie chinoise est ici revisitée à la sauce pékinoise. Dernière innovaction : le "caca burger", un burger fabriqué à base d'excréments humains ! Une invention du scientifique japonais Mitsyuki Ikeda, chercheur au centre de recherche environnemental d’Okayama au Japon, qui a réussi à reconstituer de la viande artificielle à partir de crotte humaine, en extrayant les protéines de celle-ci. Une idée qui lui est venue alors qu’on lui demandait de trouver une solution pour traiter les boues d’épuration de Tokyo. Il aurait, en effet, découvert qu’elles étaient riches en protéines. "J'ai goûté ce sandwich à l'aveugle et je l'ai trouvé délicieux", explique M. Li. "Et à force de voir des reportages sur M6 expliquant que les Chinois ne se lavaient jamais les mains et qu'il y avait du caca partout dans notre cuisine, je me suis que ce serait amusant de proposer un met vraiment à base de caca dans notre restaurant." Il est vrai que la « viande » ainsi obtenue a le même goût et la même apparence que du bœuf grâce à des édulcorants et des colorants alimentaires qui y sont ajoutés. En termes de valeurs nutritives, la viande est composée de 63% de protéines, 25% de carbohydrates, 9% minéraux et 3% de lipides.

 

4°) L'Art PoP Cheese, rue du petit crabouilleur, Paris 2

A quelques rues de Beaubourd, c'est dans cette galerie / pop up store que l'artiste Paul Aymar Mourgues d'Algues exerce ses talents de généticien concepteur culinaire jusqu'à la prochaine nuit sans lune (pour ne pas émousser la structure moléculaire de sa viande). Ici, le burger est un art, sa dégustation un expérience sensorielle, voire métaphysique. Chroniqué par des gens aussi influents que Frédéric Mitterrand ou Miss-Tic ("le Burger c'est la vie - visection !"), l'Art Pop Cheese est devenu the place to be pour tous les gens qui rêvent d'une terre recouverte de bovins. Au programme : shoot de méthane (gaz intestinal présent dans les intestins de vache) pour commencer, suivi d'une soupe au vomi d'Américain obèse (directement importée du Kentucky), des os de poulets aux hormones frits suivis d'une gélatine de viande de boeuf malade, un bun entièrement élaboré à parti de viande hachée et un steak de viande taillé dans de la mie de pain et cuit dans le sel. On ne sait plus si on mange par le cul ou chie par la bouche, le renversement épistémologique est total. "En sortant de là je n'avais qu'une envie, nous confiait récemment Thierry Marx, changer de métier".

 

5°) Le sandwich à la viande, rue de la Gaule, paris 16

Ici on aime la France et ça se voit : portraits à la gloire du Maréchal Pétain, de Brasillach, de Maurras, c'est la France éternelle qu'on vient chercher dans son assiette et le cheeseburger n'est qu'un prétexte pour exprimer les milles facettes de notre généreux pays. Le burger à la choucroute, à base de chair à saucisse / pain à la patate, garniture choucroute, ravira les amoureux de l'Alsace aux français. Menu Charcuterie vin rouge avec un burger saucisson farci poitevin mayonnaise de Dijon pain baguette, Burger 4 fromages (alliance confuse "western spaghetti") au camembert, roquefort, cabecou et brie de Meaux. Jean-François Copé y déjeune fréquemment ainsi que la famille le Pen, qui apprécie le burger kouign-amann(à base de beurre essentiellement). Vive le burger français !

 

VHS

VHS

Dans les années 90, il y avait deux catégories de personnes : ceux qui avaient un magnétoscope chez eux et ceux qui n’en avaient pas. Ces derniers étaient considérés comme archaïques, ringards, infréquentables. J’appartenais à cette catégorie.

 

Ma première crise d’adolescence consista donc à convaincre mes parents d’acheter un magnétoscope. J’obtins gain de cause. Un nouveau monde s’offrait à moi : un monde d’avances rapides, de programmes d’enregistrements et de locations dans des vidéos clubs. Un monde de liberté : moi qui avais toujours été tributaire de ce qui passait à la télé, je pouvais enfin choisir mes films, les revoir autant de fois que je voulais, et même, suprême privilège, enregistrer les films qui passaient pour les revoir plus tard, sans oublier l’incroyable système « showview » permettant de programmer ses enregistrements à l’avance ! Magnétoscope, Doloreane d’émotions.

 

Je m’étais ainsi constitué, grâce à ce magnétoscope, une vidéothèque personnelle étendue de films diffusés dans ces années-là. Mais aussi, une mixtape des meilleures sessions live de Nulle Part Ailleurs, à l’époque où Bruno Gascio introduisait lui-même les artistes : Luniz, LKJ, The President of the USA, Smashing Pumpkins, Louise Attaque, quelques-uns des plus gros standards de la décennie se trouvaient réunis sur cette cassette. J’enregistrai aussi force films de fesse du dimanche soir, et, saint des saints glané un soir sur Arte, l’Empire des Sens, de Nagisa Oshima, , premier émoi érotique qui forgea à tout jamais mon goût immodéré pour le sexe déviant, seul film pornographique n’induisant pas de complexe d’infériorité par rapport à la taille de mon pénis.

 

Mon plus grand bonheur de magnétoscope fut sans comparaison le visionnage du film True Romance, que j’ai dû voir à l’époque, sans aucune exagération, plus de 200 fois. De ces années idiotes d’adolescence, d’émotions répétées jusqu’à la nausée, de trajets sans cesse renouvelés entre le collège et la maison, la maison et le terrain de sport, le terrain de sport et les maisons des potes, les maisons des potes et le vidéo club, me reste cette inclination à revoir des films, les revoir encore et encore, comme un enfant obsédé par un seul dessin animé quand on lui en propose vingt autres. Bis repetita placent, dit le philosophe. Rembobiner, dit le magnétoscope.

 

True Romance raconte l’histoire d’un jeune geek de Detroit, Clarance Worley (autoportrait imaginaire du scénariste, un certain Quentin Tarantino), fan de kung-fu et d’Elvis Presley, qui, chaque année le jour de son anniversaire, va dans un cinéma de quartier regarder la trilogie de Soni Shiba, des films de Kun Fu.

 

Dès la première séquence, dans un bar enfumé sur un air d’Elvis (Elvis et la fumée sont très présents dans ce film), on le voit essayer de ramener avec lui une blonde post Marylin, genre roulure peroxydée et défoncée, et se prendre une énorme veste :

 

« Tu me proposes d’aller voir un film de Kung Fu ? 

 

- Trois films de Kung Fu ! »

 

Clarance Worley n’insiste pas. On sent dans son regard qu’il ne s’agit pas là de sa première veste, que ce n’est pas la première fois qu’une fille le prend de haut parce qu’il va voir des films de série Z, qu’il n’a pas encore trouvé une seule fille amatrice de Kung Fu sur la terre, mais que ce n’est pas pour ça qu’il se forcera à aller voir des bluettes alors que lui, son truc, c’est les arts martiaux. Et c’est d’ailleurs pour ça que dès cette première séquence, moi qui à l’époque ne me passionnais que pour les jeux de rôle, le street ball et Zelda, Clarance est devenu mon meilleur ami.

 

On le retrouve dans le cinéma et là, une fille se pointe dans le cinéma. Une fille, que dis-je, la fille. La vraie Marylin. Robe rouge moulante, manteau de fourrure, escarpins, cheveux blonds, et un énorme cornet de pop corn qu’elle s’empresse de faire tomber sur Clarance. Elle s’assoit à côté de lui, allume une cigarette, demande à notre geek halluciné de lui raconter le début du film. Et c’est parti pour la nuit : dinner romantique, café bottomless et sucreries, échange de goûts musicaux et cinématographiques, ultime clin d’œil aux comics dans la librairie underground où travaille Clarance (à l’époque, les comics étaient encore underground, même aux Etats-Unis), et nuit d’amour toute en ombre et en clairs obscurs, plans interminables sur des fesses et des seins et des langues mélangées dans un cadre bleuté et envoûtant.

 

Surtout, surtout, la musique qui accompagne cette longue scène d’amour n’est autre que « Wounded Bird », de Charles et Eddie, un de ces slows ringardissimes que même moi, plouc de Province, n’osais passer en boum. Une espèce de niaiserie parnassienne et insupportable que je réécoute en ce moment même, en écrivant ces lignes dans mon bureau où je suis censé faire tout-à-fait autre chose, et qui m’arrache d’incompréhensibles frissons de nostalgie.

 

Je pourrais raconter chaque séquence de mémoire, chaque réplique (dans sa version doublée, française), chaque mouvement de caméra : la scène sur le toit quand Alabama – c’est le nom de la fille - dit à Clarance qu’elle est en fait une call-girl, un cadeau de son patron pour son anniversaire. Le casting incroyable de ce film culte, Gary Oldman en dealer – proxénète à dreadlocks, obsédé par les nègres, Samuel L. Jackson en silhouette de gangster palabrant sur l’art de bouffer les chattes, avant de se prendre trois balles de canon scié dans le buffet, le face à face Slater-Oldman un film porno de seconde zone au second plan, Denis Hopper en flic ex-alcoolique racontant, le nez en sang, la main coupée et arrosée d’essence, au Roi de la Pègre, Christopher Walken, que ses ancêtres étaient des nègres (toujours les nègres), tout en fumant une cigarette dont il sait qu’il s’agit de la dernière, Brad Pitt en colocataire défoncé au bang, (toujours la fumée), et même la scène ultraviolente de Alabama en soutien-gorge turquoise, défonçant le crâne de James Gandolfini au fusil à pompe, crâne déjà partiellement brûlé par un jet de laque + zippo. Du grand art. Clarance et Alabama, c’est un couple qui vit à cent à l’heure, qui baise dans des cabines téléphoniques, mange des cheeseburgers devant des films de Kung Fu, se balade en Cadillac rose avec une valise bourrée de coke, négocie avec le plus grand producteur de films de guerre dans une suite de grand hôtel le deal du siècle, sans se douter une seule seconde que les plus gros mafieux du pays, les meilleurs flics de Californie sont à leur trousse.

 

 

 

Rien ne m’échappe dans ce film, à tel point qu’aujourd’hui, vingt ans plus tard, les souvenirs que j’en ai me semblent plus clairs, plus vivants et plus nobles que ceux des moments bien réels de ma propre vie passée.

 

 

 

Tarantino, alors jeune scénariste avait vendu ce scénario alambiqué et bavard au tarif syndical à un grand studio : 30 000 dollars. Le scénario a été tordu dans tous les sens, au profit d’une réalisation qui paraît ultra ringarde aujourd’hui avec ses fumées partout et sa bande-son surannée. Pourtant ce film est devenu culte pour toute une génération, sans doute en raison de son casting monstrueux : c’est quand même Val Kilmer qui joue Elvis (avant Jim Morrisson), sans qu’on ne voie jamais son visage.

 

 

 

 I get so lonely, I get so lonely, I could die…

 

 

 

Vingt ans plus tard : Tarantino tient le haut du pavé. Tony Scott s’est jeté du haut d’un pont. Hollywood est un monde trop cruel. Elvis lui n’est jamais vraiment mort. Et moi je rêve encore de croiser Alabama dans un cinéma de quartier.

 

LE JEU D'ÉCHEC DANS BREAKING BAD

Publié le 29/10/2013 à 10:52 par sinuzoid Tags : poème histoire mort image enfants nature art google vie
LE JEU D'ÉCHEC DANS BREAKING BAD

 La dramaturgie d'une série ressemble à une partie d'échecs ; voilà ce que nous dit, en substance, Vince Gilligan, créateur de l'immense Breaking Bad, dans une interview à Télérama:

"D’un côté, en tant que scénariste, vous voulez que votre histoire soit « organique » (...), mais d’un autre côté, j’ai toujours aimé voir ce job comme celui d'un joueur d’échec qui doit déplacer ses pièces sur l'échiquier, ce qui est par nature un acte de manipulation. Le job ressemble parfois à ça, et parfois vous arrivez à y mettre un peu d’organique. Breaking Bad est une série sur Walter White avant tout. Toutefois, Jesse Pinkman, Skyler White, Hank et Mary, Walter Junior, Saul Goodman, Mike, Gus, tous ces personnages sont d’une importance incalculable. Donc, vous devez prendre Walt comme point de départ, sans perdre de vue les autres, sans cesser d’écouter leurs besoins. Plus vous avez de personnages, plus c’est difficile, parce que leurs destinées se croisent."

La série est remplie d'allusions plus ou moins conscientes, plus ou moins assumées, à cette méthodologie particulière.

Les personnages nous sont d'abord systématiquement présentés dans des situation de blocage, de double, parfois triple contrainte, mis en mouvement sous la pression d'autres personnages qui s'apprêtent à les "manger" - dont ils doivent alors se protéger en faisant machine arrière ou qu'ils choisissent au contraire de manger eux-mêmes, s'exposant alors à la menace d'autres pièces beaucoup plus dangereuses. Cette problématique du manger / être mangé est présente dès les tous premiers épisodes, par exemple lorsque Walter acculé, étrangle Crazy 8 parce qu'il a découvert que celui-ci avait l'intention de le tuer.

http://www.youtube.com/watch?v=VhetGy56Nx0

La vie des personnages tient souvent à ce qu'un autre personnage le protège, le couvre : c'est le cas de la relation entre Pinkman et Walter, quand ces derniers ne cherchent pas à s'entredévorer. A la fin de la saison 3, Pinkman est à deux doigts de se faire assassiner par les deux dealers travaillant pour le compte de Gustavo Fring. Et c'est Walter qui, au volant de sa vieille bagnole, blacboule littéralement les deux dealers et sauve la vie de son "protégé" - qui est aussi une pièce maîtresse pour lui dans la partie à venir. Un "coup de maître" que n'avait pas vu venir Gus Fring, lequel sacrifiera au début de la saison 4 un de ces pions (la scène de l'égorgement dans le laboratoire de Méth) pour reprendre la main sur la partie en cours... On pourrait à loisir décrypter toutes ces situations en des termes empruntés au "noble de jeu d'échec". Quoi de plus naturel après tout, la dramaturgie, comme les échecs, est un art de la guerre, une polémologie, une affaire de stratégie et de manipulation.

Dans l'épisode le plus puissant de la série, Ozymandias, nous assistons à un véritable "combat de reines" entre Skyler et Mary. Cette dernière, persuadée d'avoir mis Walt "échec et mat" (sans savoir que son Roi Hank est mort à cet instant), vient mettre en échec sa soeur Skyler en lui demandant de tout dire à leur fils Walt Jr. A cet instant Watler, le roi déchu, l'Ozymandias, king of king du poème de Whitman, vient de perdre sa dernière pièce maîtresse.

Enzymeas s'achève d'ailleurs sur une partie d'échecs, disputée par deux pompiers dans la caserne où Walter vient d'abandonner Holy. Un certain nombre de fans se sont amusés à étudier les pièces présentes sur l'échiquier à ce moment-là :

http://www.google.fr/imgres?client=firefox-a&hs=oOU&sa=X&rls=org.mozilla:fr:official&biw=1248&bih=572&tbm=isch&tbnid=ZsCCIIAlUlY3kM:&imgrefurl=http://www.clubpoker.net/forum-poker/topic/128795-breaking-bad/page-27&docid=imE6I1duHm_4QM&itg=1&imgurl=http://oi41.tinypic.com/2enw9y9.jpg&w=640&h=360&ei=K6ZvUs3NBsiA0AW9qoHICQ&zoom=1&iact=rc&dur=578&page=1&tbnh=140&tbnw=267&start=0&ndsp=18&ved=1t:429,r:3,s:0,i:91&tx=140&ty=56

Que voit-on, au premier plan, sur l'échiquier? Le roi blanc est acculé, mais pas encore échec et mat. Il ne peut que gagner tu temps, mais plus avancer dans la partie. Les seules pièces blanches qui restent sont un cavalier et deux pions. Si il y avait eu la reine à la place du chevalier, les blancs auraient pu prendre toute les pièces noires.

Skyler n'est plus la "reine" de Walt, les deux enfants sont maintenant de simple pions dans la lutte de Walt pour garder le contrôle. Si Skyler était restée aux cotés de Walt, ce dernier ne se serait pas retrouvé dans une impasse, condamné à attendre son destin.

Autrement dit, la reine sortie de l'échiquier, la partie n'a plus d'enjeux : l'image de l'échiquier pourrait être un résumé visuel de l'épisode.

Walit n'a plus qu'à se retirer dans les neiges du Nekraska.

 

 

 

COMMENT ECRIRE UN SCENARIO ?

Publié le 05/09/2012 à 22:03 par sinuzoid Tags : vie carte soi bonne film monde histoire

Forcément, vous avez très envie de devenir célèbre. On vous comprend : cette vie de merde, ce salaire de misère, ce patron qui cache sa calvitie en se rasant le crâne à blanc et cette collègue qui transpire des fesses, personne n'a mérité ça. Vous voulez vraiment passer à autre chose, vous la couler douce dans des chambres d'hôtel hors de prix, monter les marches du festival de Cannes avec des actrices aux seins soyeux, exhiber votre carte visa noire infinite dans les boutiques de fringue et vous payer un jet quand ça vous chante.

Malheureusement vous êtes laid, vous chantez mal, n'avez jamais tapé dans un ballon et vous vous sentez incapable de jouer la comédie que ce soit sur les planches ou dans le 7ème art. Vous êtes condamné à l'anonymat. Et vous avez ce reste de dignité qui vous empêche de postuler à une émission de télé réalité. Vous songez au quart d'heure de gloire que vous n'aurez jamais, et vous êtes un peu triste.

Vous êtes tristes parce qu'à force de regarder des séries américaines de bonne facture et de programmes français nuls à chier, vous vous êtes toujours dit que vous aussi, vous pouviez écrire des séries, ou même des films. Que vous avez du talent, et plein de choses à raconter, et puis de bonnes idées qui vous viennent à la fois de votre expérience, d'anecdotes de bureau, de souvenirs de bandes dessinées lues dans votre enfance. Tout ça forme un mélange qui vous émeut. Vous refusez d'accepter qu'un autre puisse juger négativement ce fatras. Vous êtes sur que le monde n'attend que vous.

Donc vous écrivez. Comme vous vous dites que c'est facile, vous téléchargez un logiciel d'écriture de scénario sur le web. Vous ave l'impression d'être un vrai professionnel. En tapant INT / JOUR, vous vous voyez déjà lécher le téton de Chloe Sevigny ou boire des Singapore Sling avec Steven Sorderbergh.

Vous ne savez pas encore que ce vous écrivez est à chier. Que le plaisir, l'ivresse qui vous grise est aussi illusoire et narcissique que le plaisir que vous éprouvez parfois à renifler vos propres pets, ou à contempler votre caca dans la cuvette des WC.

Vous perdez votre temps et vous allez faire perdre leur temps à vos futurs lecteurs. Pourtant, vous continuez. Parce que vous êtes persuadés de tenir quelque chose. Votre histoire commence à prendre forme au bout de vingt ou trente pages. Vous ignorez que ces vingt ou trente pages devraient déjà être à la poubelle, que cette petite sensation agréable d'autosatisfaction est en réalité un phénomène scientifique de fatigue cérébrale qui vous abrutit et vous plonge de manière totalement illusoire dans un environnement de fiction. Vous commencez à croire à vos personnages, à imaginer leurs aventures. Vous trouvez ça vraiment génial.

Et puis soudain, vous renoncez. Vous bloquez. C'est normal. Vous êtes mauvais. Arrêtez. Passez à autre chose. Descendez dans la rue et immolez-vous par le feu.

Lâche de Capitaine

Publié le 17/01/2012 à 10:00 par sinuzoid Tags : amis film merci monde dieu
Lâche de Capitaine

Nouvelle métaphore du monde occidental, Costa Concordia.

Côte de la Concorde, littéralement. Paquebot de film socialisme à la dérive. Côte Ouest place de la Concorde, Occident couché, presque immergé, mais Dieu merci : Coréens sauvés.

En cause cette fois : pas de prophétie maya, pas de marché invisible, pas d'agence extralucide, juste un capitaine complètement stupide.

Pour une fois les 4000 - cité des 4000, série les 4400 - sont presque tous sains et saufs, le Titanic n'a pas intégralement sombré.

Le capitaine, lui, est sous les verrous. Ecroué, accablé, cet idiot qui voulait faire coucou à ses amis sur l'île.

La cause du naufrage est claire : c'est la faute du capitaine. Qu'on l'emprisonne et le juge.

 

A bon entendeur.

 

Manuel Kim Goldstein.

ANALYSE LACANIENNE DE LA CRISE

Publié le 24/12/2011 à 11:59 par sinuzoid Tags : 2010 france argent moi signature

Réponse à Madame Lagarde, ancienne ministre des Finances de l’Etat français, aujourd’hui directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI)

 

Sur le néologisme qu’elle a inventé le 4 juillet 2010

 

« LA RILANCE »

 

«Relance ou rigueur, ce n'est pas un choix, ce n'est pas un noeud gordien pour moi (…). La politique économique que nous menons en france.html">France actuellement, c'est une politique de ri-lance (…), subtil dosage (...) qui consiste en réalité à réduire la dépense publique là où ce sera le moins douloureux pour la perspective de relance de l'activité économique»

Soyons lacaniens : créons de nouveaux mots pour des réalité nouvelles.

Créons de nouvelles novlangues pour supplanter l’odieuse emprise fasciste du néolibéralisme sur nos vies par le langage.

Le mot « rilance » est né d’une obsession de Lagarde (républicaine ?) : la croissance.

Il faut de la croissance, sans croissance, pas d’argent, sans argent, pas de budget à l’équilibre. On mise sur la croissance, mais c’est la récession qui nous attend.

Récession est mère de sécession. Sécession : guerre civile entre forces populaires et puissances gouvernementales. Déchirements et tragédie. Grecque, pour commencer. Européenne ensuite. Mondiale pour finir.

Mais qu’est-ce, la croissance, dans une politique de « rilance » ?

La rilance concerne-t-elle les freelance ?

La croissance, pour le moment, c’est une croix – cens: la croix pour le peuple, le cens pour les élites. C’est les traités signés à la va vite, dictés par la finance (qui rime avec croissance).

Le peuple qui paye de son sang la croissance, quand les dirigeants croissent et croassent en chœur (antique). Le discours qui accompagne cette croix cens est une croassance.

Or, ça n’a pas de cens…

Que pensent les Croates de la France ? Rêvent-il de Croaçance ?

Et les Turcs ? Veulent-ils encore d’une Europe sans croissance avec leurs croissants ?

Madame Lagarde, la rilance est un mensonge de plus, dicté par votre idéologie fasciste.

Madame Lagarde, vous nous avez menti.

La rilance n’existe pas.

La rilance ne sauve pas la croissance.

La rilance mène droit à la récession.

Rilance est déchéance, décrépitude, déliquescence et dégénérescence.

La rilance mène à la faillitalie.

Nous voulons une croissance qui ait du sens.

La croisens.

Une croissance qui soit décente :

La croicence.

Madame Lagarde, vous n’êtes qu’une ex croissance.

 

 

 

Manuel Kim Goldstein

 

LA THEORIE DU COMPLOT

Publié le 03/07/2011 à 14:38 par sinuzoid Tags : livre

D'où vient ce joli mot de complot ? Le Robert refuse d'y répondre : "origine inconnue". Comme son référent, le complot est auréolé de mystère. Cette origine inconnue nous le rend aussi, par la même occasion suspect, voire dangereux... Et laisse livre cours à l'imagination et délire interprétatif. Tout au plus apprend on que le mot est apparu au XIIème siècle, et qu'il pourrait être un mélange de français (com) et d'anglais.

PREFACE

Publié le 17/04/2011 à 09:11 par sinuzoid Tags : livre jeux

"Ce livre (si on peut appeler ça un livre) n'aurait jamais dû exister. Il est né du désir très sincère de son auteur, mais aussi, d'un tremblement de terre.

Il y a très longtemps, bien avant la 'catastrophe', les humains vivaient tout-à-fait différemment. Ils mangeaient des cadavres, se reproduisaient physiquement et communiquaient par pixels interposés.

Après la catastrophe du grand renversement, la donne changea, les humains changèrent leurs habitudes : ils mangeaient des pixels, se reproduisaient avec des cadavres, communiquaient physiquement.

L'écriture, tombée en désuétude, finit par devenir totalement obsolète.

Les humains utilisaient alors des signes qui n'avaient plus rien à voir avec le langage.

Le tremblement de terre n'a jamais eu lieu. Pourtant le livre, lui, existe. Il est dédié aux peuples sans terre et à tous les participants des jeux de télé réalité."

 

Manuel Kim Golsdtein, "Préface" (date indéterminée)

POLITIQUE FICTION

Publié le 08/12/2010 à 09:25 par sinuzoid Tags : femme 2010 photo bonne amour france roman fille histoire amis éléments enfant argent bébé voyage artiste écran film

Les socialistes se mettent à la politique fiction : avec "18 mois Chrono" grossière prospection qui met en scène un gouvernement Aubry dans une cohabitation imaginaire avec Sarkozy, Paul Quilès et Marie-Noelle Lienemann révèlent une tendance très forte de la politique - ou plutôt du politique de ces dernières années : la fiction.

La politique est en train de devenir une "aventure humaine formidable", et les hommes politiques des héros de fiction.

Les récits du story telling vont remplacer les tours de magie de la com, qui ont eux même en leur temps supplanté la mystificatrice langue de bois.

C'est ce qui sauvera nos amis politiques des ogres extrêmes et du populisme  (qu'on pourrait par provocation considérer comme véritable démocratie, c'est-à-dire le pouvoir au peuple et pas aux professionnels de la politique).

La "pipolisation" lui a mis du plomb dans l'aile - nous y reviendrons. Les "affaires" empoisonnent la classe des serviteurs de la Nation. Les grands discours ne sont plus crédibles. Et Marine Le Pen attend patiemment, en embuscade, son état de Grâce ou devrais-je dire son état de peine (capitale). Mais c'est une autre histoire.

Donc les hommes politiques sont des héros, nos héros. Obama a ouvert la voie. Assez honnêtement d'ailleurs.

On voit Mitterrand sortir des Ténèbres comme un commandeur d'opérette et donner à Sarkozy des conseils avisés pour sa réélection.

2010/12/05/lettre-posthume-de-francois-mitterrand-a-nicolas-sarkozy-178846?page=0%2C0">http://www.rue89.com/2010/12/05/lettre-posthume-de-francois-mitterrand-a-nicolas-sarkozy-178846?page=0%2C0#

Montebourg se poser en hussard, à la chasse aux conflits d'intérêts, aux très méchants et très puissants, ah! ce Richelieu médiatique qu'est Tf1 et sa "tradition délinquante"! Les mousquetaires socialistes sont là pour défendre le Roi (Strauss Kahn, en croisade sur le Front Monétaire International) à défaut de renouveler leur allégeance à la Reine Royal - Aubry, princesse décatie de l'Europe de Maastricht. Bal des courtisans, intrigues, personnages, caractères - celui-ci est intelligent, celui-là est un casanova, et cet autre qui parle bien... Petit théâtre. Suspense : qui va gagner? Un feuilleton. "Le Palais" : excellente émission sur Dimanche + le dimanche, qui nous montre la politique (le politique, continuons avec nos concepts seventies) comme un soap.

C'est là que je reviens à la "pipolisation" : inévitable. Et au fait du Prince. Qu'on me permette alors de faire un peu de prospection. Et de rappeler les faits.

C'est l'histoire d'un petit bonhomme fils d'immigré qui devient président de la république. Il se fait élire sur le thème de la rupture. Et rompt quelques mois plus tard avec sa femme. Divorce. Divorce avec l'opinion. Sondages catastrophiques. "Ma vie est un roman" se plait-il à répéter. Il rencontre une mannequin chanteuse riche héritière et remonte un peu dans les sondages. Sacrée bonne femme. Il est fier comme un matamore. Et se montre un peu trop : Charm el Cheikh. Paparazzis. Petit enfant sur les épaules ébloui par les flashs. Choc. Il s'agit de garder la superbe d'une vedette, pas de se transformer en pourceau de real TV. On dénonce la pipolisation, le bling bling, le côté Dallas. La Success Story tourne au vinaigre.

Feuilleton. Le pouvoir, l'argent, l'amour, la jalousie.

Elle l'aurait trompée avec un chanteur qui se prend pour Gainsbourg. Il l'aurait fait surveiller. Et puis non, la rumeur s'est dissipée. Elle racontait dans les journaux qu'elle ne préfèrerait pas qu'il se représente. Pour le ménager.

Dégringolade dans les sondages. Impopularité record.

Le Pouvoir s'écrit aujourd'hui comme un Film : on parle de séquences, d'éléments de langage dans la bouche des ministres qui sont comme les dialogues qu'on fait dire à des personnages (des caractères, voire plus haut), on joue avec le mystère, le suspense, l'émotion, la surprise, le rebondissement (voir l'affaire Bettencourt et la réconciliation à l'approche de Noël). Surtout, surtout, réussir à focaliser l'attention. Hypnotiser.

Le récent voyage en Inde du couple présidentiel constitue à mon avis le point de départ de la campagne électorale du candidat à sa réélection.

Et le premier acte de ce film auquel nous allons assister et qui pourrait s'intituler : reelection.

Tous les ingrédients sont réunis: un couple glamour, un gros avion, de la ferveur populaire, de la religion, des Dieux, une rumeur (cf plus bas).

Il va en Inde parce que dans l'imaginaire collectif les Indiens sont des Chinois gentils. puisqu'ils n'occupent pas le Tibet et ne censurent pas les Prix Nobel de la Paix, eux.  Les Indiens dans l'imaginaire c'est Gandhi et Krishna. Parfait pour le business.

Et il signe 15 milliards de contrats. Wow. Gros titres : voilà un président qui s'implique. Qui mouille la chemise. Une sorte de Jack Bauer de l'économie. Et puis c'est vrai, il y a la guerre. Protéger, défendre. Héros épique. Achille. Gros contrats. 15 milliards.

(Je me demande toujours si le président revient avec des valises de billets quand il signe tous ces contrats, prêt à les distribuer comme des tracts à la population juste avant d'atterrir, ou si tout cet argent concerne quelques entreprises du CAC 40 et par conséquent ne nous concerne absolument pas).

C'est l'histoire d'un président impopulaire comme jamais qui décide malgré tout de se faire réélire. Contre vents et marées.

Dans la fiction comme dans la vie, on peut passer très facilement de la haine à l'amour, convertir 70% de haineux en 70% d'amoureux.

Carla va jouer un rôle de premier plan dans la future campagne. Puisse-t-elle avec son sex appeal désamorcer les vélleités lepénistes (écoutons en boucle la chanson "Marine le Pen" de Philippe Katerine).

Et voilà ma politique fiction, mes prospectives pour la suite du film :

Carla serait enceinte. C'est la rumeur. C'est peut-être vrai. En tout cas voilà qui va alimenter les discussions de chaumières pendant quelques semaines. Et focaliser l'attention non plus sur lui, sur ce président qu'on a trop vu, mais sur elle.

La vie intime du couple élyséen va être minutieusement exposée. Comme un vrai beau roman photo. Avec de l'amour, des sentiments nobles puisque le credo de notre président sera de retrouver de la superbe, de l'honorabilité - ne plus être un petit héros américain des années 80 (le Brian Flanagan de la politique, entre Cocktail et Wall Street) mais un vrai héros stendhalien, comme Mitterrand les aimait.

Amoureux de sa femme, admiratif devant tant de beauté.

Et le bébé!

Quand Sarkozy sera de nouveau papa, il deviendra forcément beaucoup plus sympathique.

Le bébé va naître entre juin et septembre 2011, au moment des candidatures socialistes.

Nous allons assister à l'accouchement. Il y aura des papiers dans tous les journaux qui se vendront magnifiquement bien. Sur les mamans tardives dans la presse féminine, sur les contrats à 15 milliards et le côté papa ramène le bifteck dans la presse de droite, sur le méchant manipulateur dans la presse de gauche, squi se sert de l'utérus de sa femme comme une urne électorale pour attirer des nouvelles voix familiales, sur le bébé qu'on utilise et instrumentalise, qui fascine et hypnotise, sur ses premiers pleurs, ses biberons dans les quotidiens populaires.

Un bébé à l'Elysée. Comédie sentimentale. Il doit se faire réélire avec ce nouvel obstacle!

Il touchera les jeunes générations. Il touchera tout le monde.

Les otages Ghesquière et Taponier libérés courant 2011, histoire de contraindre les journalistes à lui rendre hommage. Pratiques, les otages, qui personnifient le danger terroriste, le rendent terriblement menaçant. Et permettent de sauver la France quand on ne sauve que quelques otages.

Il faudra de la gravité fin 2011. L'idéal (je ne le souhaite à personne, que les choses soient bien claires) serait un décès, un proche du président - son père serait au point de vue de la dramaturgie parfait. Un artiste, un immigré, un grand admirateur du peuple tsigane. On solderait ainsi la sale affaire des roms. Et Sarkozy de rappeler à l'électorat de gauche déçu par la valse des courtisans socialistes (facilement prévisible celle-là) qu'il est un fils d'immigré et qu'il aime les artistes, d'ailleurs sa femme est chanteuse.

L'important est que le personnage évolue, change, soit transformé par son aventure. A Hollywood quand un personnage n'a pas subi d'arc transformationnel (jargon hollywoodien mal traduit) le script est rejeté d'office.

"Jai changé", clamait Sarkozy début 2007. On le disait nerveux, agité, arriviste. Il nous a offert la hauteur d'un manager cool prenant conscience peu à peu de l'immense responsabilité qui l'attendait. Avant d'être élu haut la main.

(Royal a ce côté Milady qui dérangera toujours un peu les Français. Aubry peut surfer sur le succès des Ch'tis. Mais Strauss Kahn est un héros américain.)

La dernière intervention télévisée nous l'a montré digne, honorable. Il a notamment évoqué Carla, sa femme qu'il aime et le soutient.

Appellera-t-il le bébé François (si c'est un garçon) ou Marianne (si c'est une fille) ?

Nous sommes là, spectateurs, nous attendons la suite, la prochaine séquence. Nous nous laissons gentiment bercer, allanguir, hypnotiser, par ce feuilleton sans fin, par ce film dont nous ne connaissons pas la fin.

Le héros parviendra-t-il à se faire réélire malgré tous ces obstacles?

Comme dans le film Smoking no Smoking, nous pouvons choisir la fin. Si nous décidons ce jour-là de quitter l'écran de notre télévision et de voter massivement (de grâce surtout pas Marine Le Pen) nous pourrons choisir la fin du film, choisir les nouveaux personnages et même écrire la suite de l'histoire. Comme dans une vraie démocratie.